Quand la mère et la fille sont blessées
- manueAT

- il y a 2 jours
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Elles s'aiment mais se blessent...
Sarah cette dame là-bas c'est ta maman ?
NON !

Sarah avait 13 ans lorsqu'elle a commencé à dire à ses camarades que sa mère n'était pas sa mère.
Ce n'était pas vrai.
Sa mère l'avait portée, mise au monde, élevée, elle n'avait pas été adopté. Sa mère était présente à chaque étape de sa vie.
Pourtant, chaque fois qu'on lui posait une question sur sa famille, elle répondait avec détachement :
« Ce n'est pas vraiment ma mère. »
Son âme n'avait trouvé qu'une seule façon d'exprimer ce qu'elle ressentait.
Pour elle, une maman aime en tout temps, protège, pardonne, console.
Face à ce qu'elle vivait ou plutôt à la manière dont son cœur d'enfant l'interprétait, c'était la seule explication possible.
À cet âge-là, elle n'avait pas les mots pour décrire sa souffrance. Elle savait seulement qu'il existait entre elles une distance invisible...comme un mur qu'elle ne comprenait pas.
Ce qu'elle ressentait, c'était une mère constamment en colère, critique ou insatisfaite.
Les félicitations étaient rares.
Les reproches, les remarques blessantes et les paroles dures, eux, trouvaient facilement leur chemin.
Sarah grandissait avec l'impression qu'elle ne méritait pas l'amour qu'elle recherchait désespérément.
Pendant longtemps, elle conclut que le problème ne pouvait venir que d'elle.
Peut-être n'était-elle pas assez obéissante.
Pas assez brillante, reconnaissante, aimable.
Les années passèrent...
Puis un soir d'hiver, à la maternité, une magnifique petite fille fut déposée délicatement sur elle, rechauffant sa poitrine et tout son être.
C'était sa fille, elle venait d'accoucher.
Pour la première fois, elle sentit naître en elle un amour qu'elle ne savait même pas possible.
Elle se fit alors une promesse silencieuse :
« Je ne veut pas que elle aussi ait cette impression de ne pas etre aimée »
Les mois passèrent...
Puis un jour, alors que sa fille avait à peine trois ans, une scène banale se produisit.
Epuisée, la journée avait été longue, elle avait encore mille choses à faire avant de pouvoir enfin souffler.
Sa fille, elle, refusait obstinément de mettre ses chaussures.
Une demande, puis deux, puis trois.
Et soudain, quelque chose monta en elle.
Sa voix alla plus haut qu'elle ne l'aurait voulu, son visage se durcit. Les mots sortirent avec une violence qui la surprit elle-même.
La petite fille se figea, ses grands yeux la regardaient avec incompréhension.
Puis ils se remplirent de larmes.
À cet instant, Sarah eut l'impression que le temps s'arrêtait.
Ce regard lui était familier, elle l'avait elle même déjà porté et pas qu'une fois.
Quand elle se tenait devant sa propre mère sans comprendre pourquoi une simple erreur, une maladresse ou un oubli semblait déclencher une tempête disproportionnée.
Pour la première fois, elle ne voyait plus seulement la petite fille blessée qu'elle avait été.
Elle apercevait aussi, derrière l'image de sa mère, une femme débordée, épuisée, dépassée, blessée par quelque chose de plus grand qu'elle.
Cette prise de conscience ne fit pas disparaître la douleur de son enfance.
Mais elle ouvrit une brèche dans sa compréhension.
Et si derrière les colères de sa mère ne se cachait pas seulement de la dureté ?
Et si elles étaient aussi l'expression d'une souffrance qu'elle n'avait jamais dépassé ?
Pour la première fois, Sarah se demandait ce que sa mère avait elle-même dû traverser.
Et si sa mère aussi avait été une enfant blessée ?
Derrière certaines relations mère-fille conflictuelles se cache une réalité douloureuse : deux personnes qui souffrent.
La fille reçoit les blessures, blesse à son tour et prend ses distances.
La mère, elle, transmet parfois, sans le vouloir, celles qu'elle n'a jamais guéries.
Parce que les blessures émotionnelles fonctionnent souvent comme un héritage silencieux.
Une femme qui a grandi sans sécurité affective peut avoir du mal à offrir cette sécurité à son tour.
Une femme qui a appris à taire ses émotions peut se sentir démunie face aux émotions de sa fille.
Une femme qui a été critiquée toute son enfance peut reproduire cette même exigence, persuadée qu'elle prépare son enfant à la vie.
Cela ne signifie pas qu'elle n'aime pas son enfant.
Cela signifie simplement que l'amour ne guérit pas automatiquement les blessures non traitées.
La fille interprète souvent les comportements de sa mère comme un manque d'amour, alors qu'ils sont parfois l'expression maladroite d'une souffrance ancienne.
Comprendre cela ne consiste pas à accalamer.
Les blessures restent des blessures.
Les conséquences restent réelles.
La responsabilité demeure.
Mais la compréhension permet parfois de déplacer la question.
Au lieu de demander : « Pourquoi ma mère m'a-t-elle fait cela ? », on commence à se demander : « Qu'est-ce qui lui est arrivé pour qu'elle devienne ainsi ? Comment elle va vraiment ?»
Cette question ne retire rien à la douleur mais elle ouvre une porte vers quelque chose de différent : la compréhension, la compassion, et surtout la possibilité d'interrompre la transmission.

Car la guérison commence souvent lorsqu'une génération décide de regarder en face ce que les précédentes ont simplement appris à porter.
Peut-être que guérir n'est pas seulement réparer ce qui nous a été fait.
Peut-être que guérir, c'est aussi refuser de transmettre ce qui nous a blessés.
Peut-etre que guerrir c'est pardonner et trouver des excuses aux autres.



Commentaires